Le faux-refuge de Cagnes-sur-Mer
— Danser chez Renoir

À la fin de 1936, l’État achète à Marie Vassilieff la toile Picasso et sa bergère, un mannequin de Paul Poiret, pour deux mille cinq cents francs. Cette reconnaissance lui permet de sortir de la misère. Elle écrit au docteur Germain : « J’ai décidé après trente ans de travail de ne pas périr comme un clochard et mourir proprement dans cette vie moderne. » L’année suivante, elle conçoit pour l’Exposition universelle de 1937 une grande fresque destinée à la gare Montparnasse, L’Été, l’État (517). En février 1938, elle décore de fond en comble un appartement d’Auteuil pour son amie Hélène Perdriat avec tous les personnages du zodiaque et toutes les planètes du ciel, avant d’être la même année parmi les premières artistes à exposer chez Peggy Guggenheim à Londres, sur recommandation de Cocteau. Les photographies de Pierre Delbo présentées dans cette vente sont le souvenir de cette exposition inaugurale, dont certaines sont aujourd’hui montrées au musée Guggenheim de Venise.

Les souvenirs de l’artiste l’accompagnent sur la Côte d’Azur, photo Cami Stone, 1929
Les souvenirs de l’artiste l’accompagnent sur la Côte d’Azur, photo Cami Stone, 1929

Marie Vassilieff s'installe sur la Côte d'Azur

Le 6 mai 1939, elle écrit aux Germain : « Depuis un mois déjà je suis à la Côte d’Azur avec beaucoup de peine. J’ai pu sauver tout mon art et moi-même de Paris qui est devenu matériellement impossible pour moi. J’ai un charmant atelier avec une terrasse et un paysage magnifique ». Elle s’installe descente du Vallonnet à Cagnes-sur-Mer. Michel Georges-Michel la retrouve aux Collettes, chez Renoir et la décrit : « Se mettant à genoux dans le jardin si souvent peint par le maître, parmi les oliviers tordus comme des géants difformes, les orangers, les balustres de tuiles et les roses rouges, disait Renoir, “comme des fesses d’enfants”. Vassilieff soudain dansait dans tout cela, disposait la chaise imaginaire du peintre en face d’un massif, agitant une brindille en guise de pinceau. “Regardez, regardez, c’est Renoir qui a peint tout cela, même le chant de la fontaine”. » En 1943, elle expose à Cannes. Si elle peint une icône à fond or du maréchal Pétain, c’est que comme tous les Français, elle se sent désemparée devant la défaite. En mai 1944, sa maison est endommagée par un bombardement allié. Son fils Pierre est décoré de la Croix de guerre lors de la Libération. En 1946, le mécène Edmond Didier achète quatre de ses tableaux pour cent mille francs et finance son retour à Paris. C’est la fin de la vie cagnoise.

Marie Vassilieff, Picasso et sa bergère, Musée des Beaux-Arts de la Rochelle.
Marie Vassilieff, Picasso et sa bergère, Musée des Beaux-Arts de la Rochelle.