Une mystique sur la Côte-d’Azur
La Maison des Artistes de Nogent‑sur‑Marne
— Les derniers mots de Foujita
De retour à Paris en 1946 grâce au mécénat d’Edmond Didier, Marie Vassilieff recommence à exposer et à vendre. Elle ne délaisse pas ses mémoires et réalise plusieurs projets de couverture avec Jean Cocteau, dont elle espère une préface qui ne viendra jamais. Son ami Marc Vaux lui organise en 1949 une exposition hommage au Foyer des artistes de Montparnasse. Le journal Rencontres salue « des poupées sauvages, des masques d’une vérité caricaturale et profonde, des céramiques extravagantes au ton de corolle, des tableaux qui s’enrichissent de couleurs d’une richesse magnifique. Quelle leçon d’optimisme reçoit-on quand on visite cette étonnante exposition, pleine de lumière et de couleur, avec un brin d’innocente perversité qui n’est qu’un piment de plus. » Edmond Didier lui a commandé un service de table. Enthousiasmée par sa collaboration avec l’atelier Lafourcade, elle réalise aussitôt quelques splendides sculptures en céramique, dont le plat à poisson présenté dans cette vente.

Une fin de vie dans la sérénité de la Maison des artistes
En 1953, sa candidature est acceptée à la Maison nationale des artistes de Nogent-sur-Marne. Elle décrit : « Un lieu de rêve, une demeure du XVIIe siècle. J’aurai la plus belle chambre et, sous mes yeux, un parc aussi vaste que le Bois de Boulogne. Je vais me saouler de ciel bleu, d’air pur et de frondaisons. » Elle est la première femme à y être admise pour sa carrière et non par son mariage. Elle y côtoie comédiens, peintres et sculpteurs, dont Armand Petersen dont elle fait le portrait. En 1956, elle confectionne une boîte qu’elle orne de trente deniers de Judas, y collant de véritables pièces sur les flancs. Que son œuvre ultime soit une urne aux deniers du traître, voilà un clin d’œil du destin qui ne s’invente pas.

Sur la fin, elle multiplie les figures de grâce : sylphides blondes offrant des tulipes, Vierges joignant leurs mains. À sa mort en mai 1957, les artistes qu’elle avait aimés et côtoyés se manifestent. Le plus touchant est certainement le mot de Foujita, qui rend hommage à celle qui fut la reine de Montparnasse et dont le nom, dit-il, restera gravé dans l’histoire de cet âge d’or à jamais disparu.










