Folles années Art déco
La Bohème du XXᵉ siècle
— Mécénat du couple Germain à Arcachon
Marie Vassilieff commence à écrire ses mémoires en 1927 et les intitule La Bohème du XXe siècle. Elle les mettra à jour jusqu’à la fin de sa vie sans jamais trouver d’éditeur. Mère célibataire depuis 1917, elle élève seule son fils Pierre avec le soutien fidèle de Jeanne et Fernand Léger. La vie de créatrice l’oblige à chercher sans cesse de nouveaux protecteurs, clients, galeristes, tout en assumant les exigences matérielles de l’éducation d’un enfant. Elle reste cependant d’une générosité absolue envers ses amis : c’est elle qui fournit le drap dans lequel est enseveli Modigliani, elle qui rend hommage à Erik Satie dans l’église d’Auteuil.

Le soutien du docteur Claude Germain
En mars 1929, elle adresse ses premières lettres au docteur Pierre-Raoul Germain, médecin installé à Mios dans le bassin d’Arcachon. Cet homme singulier est bien plus qu’un praticien de campagne : astronome amateur, il a construit un observatoire dans son jardin, et produit dans son vignoble de Mios un vin et un miel des bruyères dont il est fier. Son épouse Juliette Dumet, une Grenobloise, devient le modèle de plusieurs tableaux, dont le portrait nu de 1933 (446) et Madame Germain et sa chienne Sarah à Taussat. C’est précisément chez le docteur Germain que Claude Bernès, des décennies plus tard, sera foudroyé par La Danse. Ce tableau qui fera de lui le gardien de l’œuvre de Marie Vassilieff.

Le docteur Germain soutient discrètement les artistes dans le besoin. Il accueille Pierre Vassilieff, qui passe chez lui des vacances heureuses avec ses propres enfants. Quand Pierre lui écrit à quatorze ans, en 1931, pour lui demander l’uniforme qui lui permettra de camper avec les scouts, sa lettre est grave : « Maman n’a plus d’argent car les affaires marchent très mal. » Le docteur Germain lui envoie cent francs. En 1932, la situation est sans appel : Marie fait paraître dans la presse un encart annonçant qu’elle suspend sa carrière pour devenir « bonne à tout faire », et l’administration lui coupe aussitôt son allocation chômage. Ces années de lutte sont aussi des années de Foi. Elle multiplie les Vierges en papier collé, les icônes sur fond or incisées à même le carton, dont les six petites icônes réalisées pour le mariage des Germain à Saint-Jean-de-Luz en 1938. Le docteur Germain reste présent dans les lettres, dans les tableaux, dans les icônes dédicacées : l’un des rares fils conducteurs d’une vie qui ressemble à une traversée du désert, mais d’une traversée qui produit sans relâche des œuvres.








