Folles années Art déco
Le bal de la Misère Noire
— Des marionnettes pour Claude Duboscq
En prenant part en octobre 1926 à l’exposition Misère Noire — Pauvreté claire à la galerie Au Sacre du Printemps, Marie Vassilieff rencontre Claude Duboscq. Ce fils de notaire landais propriétaire de trois mille hectares à Onesse-Laharie est un musicien formé à la Schola Cantorum, ami d’Erik Satie et fervent chrétien, membre de la confrérie de la Rosace initiée par Wladimir Polissadiw, un artiste ukrainain. C’est Vassilieff qui, forte de son amitié avec Rolf de Maré, directeur du Théâtre des Champs-Élysées, leur souffle l’idée de porter son Divertissement sacré dans ce temple de l’Art déco. Elle conçoit l’ensemble des costumes : le Saint-Esprit, Saint-Joseph, les punaises et les poux, saint Jean-Baptiste, et une immense statue de la Vierge noire. Cent vingt artistes répètent trois mois durant. Les billets à cent francs s’arrachent dans les grands hôtels parisiens. Vassilieff doit danser le rôle de La colombe, costumée en oiseau tout blanc.

La "première" du bal est interdite à Paris
Mais la presse communiste s’empare de l’affaire et organise une campagne contre cette manifestation chrétienne, menaçant de protester devant le théâtre. Le ministre de l’Intérieur Albert Sarraut, par anticléricalisme autant que par crainte de troubles, interdit la première le 16 février 1927. Le journal Le Peuple titre : « Les snobs criminels — le Bal de la Misère Noire ne va pas avoir lieu. » Vassilieff, qui n’avait pas permis à Trotsky de faire de la propagande dans sa cantine, voit l’histoire se répéter : le dogmatisme politique balaie une fois encore la création.

Une création dans les Landes
Faute de Paris, Duboscq se résout à donner le spectacle dans sa propriété des Landes. Le 5 février 1928, sous une vaste tente dressée pour l’occasion au Bourdon d’Onesse, est créé Avant — Pendant — Après, allégorie en trois tableaux mêlant chœur a cappella, guignol chrétien et action processionnelle. La Lettre E du bandeau de guignol et les figures de la Pauvreté Claire témoignent de ce travail. C’est Philippe-Marie Duboscq, épouse de Claude et marraine de Pierre Vassilieff, qui danse finalement le rôle de Colombe. Francis Jammes salue les marionnettes comme « le chef-d’œuvre de Marie Vassilieff ». Dix ans après, épuisé et dépressif, Claude Duboscq se jette d’un toit le 2 mai 1938. Marie Vassilieff, qui ne l’avait pas vu depuis cinq ans, écrit aussitôt à Madame Germain : « Si vous pouviez m’offrir un peu de repos à Taussat, je vous donnerai ces deux masques » les masques blanc et bleu de Duboscq qu’elle lui avait consacrés.











